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L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny

 
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lioneltiger
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MessagePosté le: Dim 2 Mai - 20:22 (2010)    Sujet du message: L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny Répondre en citant

L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny
Vers le 20 octobre 1944, je reviens au G. Q. G. du Führer, à présent terriblement près du front, car les Russes ont pénétré profondément en Prusse Orientale. Cette fois, Adolf Hitler me reçoit seul. Il est aimable, comme toujours ; j'ai d'ailleurs nettement l'impression qu'il est plus frais, plus reposé que lors de notre dernière rencontre. Après m'avoir annoncé qu'il m'a décerné la Croix d'Or, il me demande de lui raconter en détail l'arrestation de Horthy junior et le coup de main contre le Mont du Château. Comme, à la fin de mon rapport, je me lève, croyant l'audience terminée, il me retient.
- Restez, Skorzeny. Je vais vous charger d'une nouvelle mission - la plus importante peut-être de votre vie. Jusqu'à présent, très peu d'hommes seulement savent que nous préparons dans le plus grand secret une opération dans laquelle vous allez jouer un rôle de premier plan. Au cours du mois de décembre, l'armée allemande lancera une grande offensive dont l'issue sera décisive pour le destin de notre patrie.
Le Führer entreprend alors de m'exposer longuement la conception stratégique de cette dernière offensive à l'ouest que les historiens de cette guerre ont baptisée, depuis, l'Offensive des Ardennes ou, en anglais, the Battle of the Bulge. Au cours des derniers mois, le commandement allemand avait dû se contenter de repousser e de contenir les armées ennemies. C'était l'époque des revers successifs, des pertes de terrain continuelles, à l'est comme à l'ouest. D'ailleurs, la propagande des Alliés considérait déjà l'Allemagne comme un « cadavre » dont l'enterrement définitif n'était plus qu'une question de temps ; d'après les discours de la radio anglo-américaine, les Alliés pouvaient choisir à leur gré le jour de l'inhumation.
- Ils ne voient pas que l'Allemagne se bat pour l'Europe, qu'elle se sacrifie pour l'Europe, afin de barrer à l'Asie la route de l'Occident, s'exclame Hitler amèrement.
A son avis, le peuple anglais aussi bien que celui des Etats-Unis ne veulent plus de cette guerre. Par conséquent, si le « cadavre allemand » se redresse pour frapper un grand coup à l'ouest, les Alliés, sous la pression de leur opinion publique furieuse d'avoir été bernée, seront peut-être prêts à conclure un armistice avec ce mort qui se porte bien. Alors, nous pourrions jeter toutes nos divisions, toutes nos armées sur le front de l'Est et liquider en quelques mois l'effroyable menace qui pèse sur l'Europe. D'ailleurs, l'Allemagne a depuis près de mille ans monté la garde contre les hordes asiatiques, et elle ne faillira pas à cette mission sacrée.
Depuis plusieurs semaines, quelques membres de l'état-major général préparent donc une grande offensive. Il s'agit pour nous de reprendre l'initiative qui à présent appartient uniquement aux Alliés. Déjà pendant l'avance anglo-américaine des plages normandes jusqu'aux frontières du Reich, Adolf Hitler envisageait une contre- offensive vigoureuse. Mais la situation critique de toutes nos armées rendait impossible l'exécution d'un tel projet.



Or, depuis trois semaines, les Alliés n'avancent plus. D'une part, leurs lignes de communications se sont énormément allongées, d'autre part, le matériel de leurs armées motorisées s'est usé en quatre mois de batailles incessantes. Grâce à ces deux facteurs, notre front de l'ouest, après avoir frisé l'effondrement, s'est stabilisé.
D'après le Führer, c'est la suprématie aérienne des Alliés qui leur a permis de débarquer et de gagner la bataille de France et de Belgique. Mais on peut espérer que le mauvais temps prévu pour les derniers mois de l'année réduira, tout au moins provisoirement, l'activité de l'aviation anglo-américaine. De plus, la Luftwaffe pourra mettre en ligne 2.000 nouveaux chasseurs à réaction, tenus en réserve pour cette offensive.
Finalement, une offensive-éclair empêcherait la formation d'une forte armée française. Pour l'instant, les Alliés disposent de quelque 70 grandes unités, ce qui est nettement insuffisant pour un front long de 700 kms. Par conséquent, il doit être possible, pour une forte concentration de troupes allemandes, de percer à un endroit faiblement défendu, avant que les Alliés aient pu consolider leur front par de nouvelles divisions françaises.
- Quant au choix de cet endroit, poursuit le Führer, nous en avons discuté durant des semaines. Nous avons examiné successivement cinq plans différents : une offensive « Hollande » partant de la région de Venloo en direction de l'ouest, vers Anvers ; - une offensive lancée au nord du Luxembourg, en direction du nord-ouest d'abord, du nord ensuite, appuyée par une seconde poussée partant de la région au nord d'Aix- la-Chapelle ; - une action menée par deux colonnes dont l'une serait partie du centre du Luxembourg, l'autre de Metz, pour se rencontrer à Longwy ; une autre également menée par deux colonnes partant respectivement de Metz et de Baccarat pour faire leur jonction à Nancy : - et finalement, l'opération « Alsace », avec deux poussées partant l'une d'Epinal, l'autre de Montbéliard et qui se seraient rencontrées dans la région de Vesoul.
- Après avoir pesé longuement le pour et le contre de chacun de ces projets, nous avons éliminé les trois derniers. L'opération « Hollande » paraît intéressante, mais elle comporte de grands risques. Finalement, nous avons décidé d'élaborer le plan d'une offensive partant du nord du Luxembourg et appuyée par une poussée secondaire partant d'Aix-la-Chapelle. C'est d'ailleurs la même région où, lors de la première campagne de France, en 1940, nous avons pu effectuer une percée.
- Quant à vous et aux unités placées sous vos ordres, nous vous avons assigné une des tâches les plus importantes dans le cadre de cette offensive. Vous aurez à occuper, en tant qu'éléments avancés, un ou plusieurs ponts sur la Meuse, entre Liège et Namur. Vous exécuterez cette mission grâce à un stratagème : vos hommes porteront des uniformes britanniques et américains. L'ennemi a pu nous infliger, grâce à cette ruse, des dommages sérieux, lors de plusieurs raids de commando. Par exemple, il y a quelques jours, à l'occasion de la prise d'Aix-la-Chapelle, un détachement américain revêtu d'uniformes allemands, a pu s'infiltrer dans nos lignes. En outre, de petits groupes ainsi déguisés devront donner, derrière les lignes alliées, de faux ordres, gêner les transmissions et, d'une façon générale, jeter la perturbation parmi les troupes alliés. Il faut que vos préparatifs soient terminés jusqu'au 1er décembre. Pour les détails, vous verrez le général Jodl.
- Je sais que ce délai est terriblement court, mais je compte sur vous pour faire l'impossible. Bien entendu, vous serez vous-même au front, au moment où vos troupes entreront en action. Je vous interdis cependant de vous aventurer dans les lignes ennemies ; nous ne pouvons nous permettre de vous perdre.
Quelques heures plus tard, le général Jodl me reçoit et, à l'aide de la carte, m'explique certains détails de l'opération. L'offensive doit partir de la région comprise entre Aix-la-Chapelle et Luxembourg, en direction d'Anvers et, de ce fait, couper la 2° armée britannique et les éléments américains combattant dans la région d'Aix. En même temps, le haut commandement prévoit une ligne de couverture vers le sud (Luxembourg-Namur-Louvain) et une autre vers le nord (Eupen-Liège-Longeren-Hasselt et jusqu'au canal Albert).
Dans des conditions optima, Anvers doit être atteint en à peu près sept jours. Le but final de l'opération est la destruction des forces ennemies au nord d'une ligne Anvers-Bruxelles, ainsi que dans la région de Bastogne.
L'ensemble des unités chargées de l'offensive, dénommé groupe d'armées B, est placé sous les ordres du maréchal Model. Ce groupe d'armées comprendra la 5e armée blindée (général des Waffen SS Dietrich), la 5e armée blindée (général von Manteuffel), et la 7e armée - disposées ainsi du nord au sud. Après une préparation d'artillerie violente, mais brève (instinctivement, j'évoque les 6.000 canons dont le Führer m'a parlé) les armées devront percer à plusieurs endroits choisis d'après des considérations tactiques.
- Quant à vous, Skorzeny, vous entrerez en action dans la région couverte par la 6e armée blindée. Voici donc une étude qui vous intéressera particulièrement : elle montre la situation telle qu'elle se présentera - du moins, je l'espère - vingt-quatre heures après le début des opérations.
Sur la carte que Jodl étale devant nous, nous voyons que le Haut Commandement compte pouvoir attaquer, à ce moment-là, sur la ligne Eupen-Verviers-Liège, et pense avoir réussi à former au centre, deux têtes de pont sur l'autre rive de la Meuse. D'autre part, on prévoit déjà des attaques violentes, menées par les réserves alliées, contre le flanc nord de notre saillant.
Avant de me congédier, le général Jodl me demande de lui faire parvenir dans le plus bref délai la liste du personnel et du matériel dont j'aurai besoin. Il m'indique également que l'état- major général adressera à toutes nos unités l'ordre de mettre à ma disposition tous les officiers et soldats parlant anglais. Cet ordre se révélera plus tard comme le plus bel échantillon de « gaffe » en ce qui concerne le secret des opérations - gaffe commise par l'autorité suprême de l'armée allemande.
Quelques jours plus tard, je reçois une copie de cet ordre. En le lisant, je faillis avoir une attaque. Signé par un des gros bonnets de l'état- major, muni du tampon « Secret », les passages essentiels de ce chef-d'œuvre donnent à peu près ceci :
« A toutes les unités de la Wehrmacht : signaler jusqu'au ... octobre 1944, les officiers et soldats parlant anglais, volontaires pour une mission spéciale. ... A diriger sur Friedenthal, près de Berlin, en vue de leur incorporation dans les unités de commando du lieutenant-colonel Skorzeny. »
Je pique une véritable crise de colère. Incontestablement, les services secrets alliés vont avoir vent de cette affaire. - Après la guerre, j'apprends d'ailleurs que, moins de huit jours plus tard, les Américains sont en possession de ce texte. Je n'ai jamais compris qu'ils n'en aient pas tiré des conclusions et pris, à ce moment-là, certaines précautions.
A mon avis, l'opération est ainsi enterrée avant d'avoir vu le jour. J'adresse immédiatement une protestation vigoureuse au G.Q.G. et propose « respectueusement » l'annulation de ma mission. Bien entendu, ma lettre doit parcourir la voie hiérarchique. C'est ainsi que le géneral de SS Fegelein, beau-frère de Hitler, me répond ceci : L'affaire est évidemment incroyable et incompréhensible, mais c'est seulement une raison de plus pour ne pas en parler au Führer. Par conséquent, l'annulation est impossible.
Vers la même époque, j'ai un entretien intéressant avec un colonel de l'état-major du général Winter. Cet officier m'expose l'aspect juridique de l'affaire. D'après lui, les petits commandos risquent, en cas de capture, d'être traités en espions et jugés en conséquence. Quant au gros de mes troupes, la loi internationale défend seulement, à un homme revêtu d'un uniforme ennemi, de faire usage de ces armes. Il me recommande donc ceci : mes soldats porteront, sous l'uniforme ennemi, leur tenue allemande; au moment de passer à l'attaque proprement dite, ils enlèveront leurs uniformes anglais ou américains. Bien entendu, je suivrai ce conseil.
A présent, nous pouvons nous attaquer aux préparatifs de notre mission. Mes troupes formeront, d'après nos instructions, la 150e brigade blindée. La base de notre plan est évidemment l'horaire élaboré par le Haut Commandement pour la grande offensive. D'après cet horaire, nos armées crèveront le front ennemi au cours de la première journée. Le deuxième jour, elles devront atteindre et franchir la Meuse. Nous sommes donc en droit de supposer qu'à la fin de la première journée, les débris des forces alliées seront en pleine déroute.
Ceci bien établi, nous comprenons que nous serons obligés d'improviser, afin d'être à peu près parés. Comme l'offensive est fixée pour le début décembre, il nous reste seulement un mois et quelques jours - délai nettement insuffisant pour former et entraîner une nouvelle unité ; surtout, lorsque celle-ci est chargée d'une mission spéciale. C'est presque une impossibilité, nous nous en rendons parfaitement compte. Mais comme j'ai attiré l'attention du Führer sur ce handicap, j'ai la conscience tranquille.
Afin de tenir compte de toutes les éventualités imprévisibles, nous nous fixons essentiellement trois objectifs : les ponts qui franchissent la Meuse à Engis, Amay et Huy. Par conséquent, nous découpons la région attribuée à la 66 armée blindée en trois bandes qui iront en se rétrécissant et aboutissent chacune à un de ces ponts. Suivant ce plan, nous formons trois groupes de combat que nous baptisons des noms poétiques de X, Y et Z.
En principe, nous sommes censés être une brigade blindée, mais en réalité, cette désignation grandiloquente n'est qu'un bluff. Nous allons l'apprendre très bientôt. A peine avons-nous adressé, au service du matériel, notre première liste d'équipement, qu'on nous répond qu'il sera sans doute impossible de nous attribuer des chars pris à l'ennemi en nombre suffisant pour tout un régiment. Peut-être pourra-t-on nous donner assez de chars anglais ou américains pour former un bataillon, et encore... Un mauvais début !
Pourtant, nos prévisions sont aussi modestes que possible. Afin d'économiser du personnel, nous avons renoncé aux services auxiliaires, de sorte que notre « brigade » se composera, d'après mes propositions, de :
  • 2 compagnies blindées, avec 10 chars chacune
  • 3 compagnies de reconnaissance, dont chacune disposera de dix auto-mitrailleuses
  • 3 bataillons d'infanterie motorisée
  • 1 compagnie de D. C. A. légère
  • 2 compagnies de « chasseurs de blindés 1 section de lance-grenades
  • 1 compagnie de transmissions
  • 1 état-major, très réduit, pour la brigade
  • 3 états-majors, également réduits, de bataillon 1 compagnie de commandement
  • En tout, environ 3.300 hommes.

Mais, en plus, il y a des listes interminables, comprenant des armes, munitions, véhicules, uniformes, objets d'équipements. Nous-mêmes commençons à prendre peur en songeant qu'il nous faudra obtenir tout cela en l'espace de quelques semaines. Car du char lourd jusqu'aux uniformes, ces fournitures doivent provenir du butin pris à l'ennemi. Or, nos stocks d'équipement allie ne peuvent pas être très importants. Au cours des derniers mois, nos armées n'ont fait que reculer, sans pouvoir entreprendre une seule opération offensive d'envergure qui nous aurait permis de nous emparer d'un butin assez considérable.
Quand, le 26 octobre 1944, je présente au général Jodl le plan de formation de notre « brigade blindée » ainsi que la liste de nos besoins en matériel, j'attire une fois de plus son attention sur le fait que, par suite du manque de temps, nous sommes obligés d'improviser. De plus, je lui déclare qu'à mon avis, notre opération - appelée, en langage de code, l'opération « Greif » - réussira seulement à la condition d'être déclenchée la nuit suivant le début de l'offensive, afin que nous puissions profiter au maximum de la surprise et du désarroi de l'adversaire. Pour cela, il faudra que les divisions de première ligne atteignent, le soir du premier jour, tous les objectifs prévus, c'est-à-dire que, dans le secteur qui nous intéresse, elles aient dépassé la crête d'un petit massif appelé le Haut Venn. Autrement, je serai obligé de renoncer à la mission dont je suis chargé. De plus, je demande des photos aériennes des trois ponts dont mes troupes doivent s'emparer.
J'obtiens facilement l'approbation de mon projet pour la formation de la brigade, ainsi que la promesse que l'état-major général appuiera toutes mes demandes de matériel. J'en profite aussitôt pour solliciter le « prêt » de trois chefs de bataillon expérimentés, et l'affectation, en plus des volontaires, de quelques unités homogènes de la Wehrmacht qui pourraient servir de cadres et d'ossature pour ma brigade hâtivement constituée. On m'envoie en effet trois lieutenants-colonels très capables et, un peu plus tard, deux bataillons de parachutistes de la Luftwaffe, 2 compagnies blindées de la Wehrmacht et une compagnie de transmissions. Ces troupes renforceront les deux compagnies de mes « unités spéciales » et mon bataillon de parachutistes.
Reste la question des volontaires « parlant anglais ». Quand, peut-être huit jours après la diffusion - le mot n'est pas trop fort - du fameux « ordre secret », les premiers cent volontaires arrivent à Friedenthal, je suis pris d'une véritable crise de cafard. J'ai envie de tout envoyer au diable. Des « professeurs » s'efforcent de répartir les volontaires en trois catégories, suivant leurs connaissances de la langue anglaise. Or, la catégorie n° 1, comprenant des soldats parlant couramment et sans accent l'anglais ou, encore mieux, le « slang » américain, ne veut absolument pas s'accroître. Alors qu'il nous en faudrait des centaines, nous trouvons, tout au plus, un ou deux hommes par jour qui méritent d'être classés dans cette catégorie.
Je dois d'ailleurs avouer que je suis moi-même plutôt faible en anglais. Quelle pitié que j'aie toujours profité justement des leçons d'anglais pour « chahuter » notre pauvre professeur ! Cependant, je m'efforce maintenant de rattraper le temps perdu et de placer parfois une phrase bien tournée. Or, un jour, je fais la connaissance d'un jeune officier-aviateur qui prétend faire partie de la catégorie n° 1. Je lui demande donc, tout naturellement :
- Give me your story about your last duty, please.
Le pauvre garçon se trouble, hésite, puis, il se lance :
- Yes, Herr Oberstleutnant, I « became » my last order before five months... - une nouvelle hésitation, puis, il ajoute précipitamment, en allemand : - Si vous le permettez, je vous expliquerai cela dans ma langue maternelle...
Et voilà! Il faut bien que je m'en contente. On ne peut guère couvrir d'injures un volontaire qui, visiblement, est plein d'enthousiasme. Mais avec de telles prouesses, il ne dupera certainement aucun Américain, fût-il sourd !
Quand, au bout de deux semaines, la sélection des volontaires est terminée, nous nous trouvons devant un résultat épouvantable : la première catégorie comprend, en tout et pour tout, une dizaine d'hommes, surtout d'anciens marins qui forment d'ailleurs également une partie considérable de la 2e catégorie. Celle-ci, composée d'hommes parlant à peu près couramment, compte environ 30-40 hommes. La 3° catégorie - des soldats qui savent « se débrouiller » en anglais - est déjà plus nombreuse, avec ses quelque 150 hommes. La catégorie n°4 - des garçons qui n'ont pas oublié tout à fait ce qu'ils ont appris à l'école - en compte peut-être 200. Quant aux autres, ils savent tout juste dire « yes » et « no ». Je suis donc forcé de former une brigade de sourds-muets, car après avoir attribué 120 parmi les meilleurs « linguistes » à la compagnie de commandement, il ne me reste pour ainsi dire personne. Nous allons donc nous joindre aux colonnes américaines en fuite, sans desserrer les dents, comme si l'étendue de la catastrophe nous avait privés de l'usage de la parole. - Afin d'améliorer quelque peu cette situation lamentable, nous expédions les hommes de la 2e catégorie dans une école d'interprètes et dans un camp de prisonniers américains. Mais comme ces « cours » ne durent que huit jours, les résultats sont minimes.
Quant au gros de mes troupes - des hommes qui ne comprennent pas un traître mot d'anglais - nous leur inculquons simplement quelques jurons vigoureux de G. I., ainsi que la signification de « Yes, No, OK ». En plus, nous leur répétons, à longueur de journée, les principaux commandements en usage dans l'armée américaine. Et voilà tout ce que nous pouvons faire pour camoufler notre brigade au point de vue linguistique.
Mais tout cela n'est encore rien. La situation est infiniment plus catastrophique en ce qui concerne notre équipement. Très vite, nous devons constater que nous n'obtiendrons jamais des chars américains en nombre suffisant. Finalement, le jour de l'offensive, nous sommes les heureux possesseurs de 2 chars « Sherman ». Je dis bien : deux chars, dont l'un déclarera d'ailleurs forfait au bout de quelques kilomètres.
Afin de remplacer les chars américains qui nous font défaut, l'inspection des troupes blindées nous attribue douze « Panthers » allemands. Nous les camouflons de notre mieux en fixant des plaques de tôle autour des canons et des tourelles, afin de leur donner au moins une silhouette semblable à des Sherman. Le résultat n'est guère satisfaisant ; nos chars ne tromperont personne, sauf, peut-être, de très jeunes recrues et encore à condition de se montrer seulement de loin, aux heures du crépuscule.
D'autre part, on nous envoie dix auto-mitrailleuses anglaises et américaines. Nous nous creusons la cervelle pour trouver un moyen d'utiliser les modèles anglais - problème insoluble, puisque nous combattrons dans un secteur tenu par les Américains. Finalement, les véhicules anglais nous épargnent ce souci, car dès les premiers exercices, ils tombent irrémédiablement en panne. Il nous reste quatre voitures américaines, ce qui nous oblige de compléter notre équipement par des auto-mitrailleuses allemandes.
Les services de matériel nous expédient également une trentaine de « jeep ». Or, je suis persuadé que nos troupes du front de l'ouest possèdent une quantité appréciable de ces véhicules. Malheureusement, les « propriétaires » de ces voitures tous-terrains éprouvent une répugnance insurmontable de s'en séparer. Par conséquent, ils ignorent tout simplement l'ordre de les livrer. Finalement, nous nous consolons en pensant que nous arriverons bien à en « trouver » quelques- unes au front même, le jour de l'offensive. C'est le même espoir vague et trompeur qui a influencé les décisions de notre Commandement Suprême dans l'élaboration de cette offensive : on croyait, en haut lieu, que l'ennemi serait forcé d'abandonner d'énormes réserves d'essence. Encore une illusion dangereuse et, finalement, fatale !
Quant aux camions, on nous attribue quinze véhicules américains, et des camions allemands Ford que nous faisons peindre en vert. En ce qui concerne les armes, c'est pire. Nous avons exactement 50% des fusils américains qu'il nous faudrait, plus quelques canons antichars et lance-grenades pour lesquels nous n'avons cependant pas de munitions ! Nous recevons bien, un jour, plusieurs wagons de munitions américaines, mais elles sautent le lendemain. A part la compagnie de commandement, toutes nos unités recevront donc des armes allemandes.
Mais le bouquet, ce sont les uniformes. Pourtant, c'est le point essentiel, la condition sine qua non, car des tenues non réglementaires attireraient aussitôt l'attention des MP. Un jour, on nous envoie une énorme quantité de vêtements en vrac - malheureusement, ce sont des uniformes anglais. Ensuite, on nous adresse un wagon de capotes militaires - ce qui ne nous intéresse nullement, puisque les soldats américains portent uniquement des « field jackets ». Enfin, nous obtenons ces fameux « jackets » - mais ils sont ornés du triangle des prisonniers de guerre ! Pour moi, le chef de brigade, on arrive tout juste à dénicher un pull-over de l'armée américaine. Un pull-over, rien d'autre ! - Enfin, à force d'expédients, nous parvenons à habiller nos hommes à peu près convenablement, surtout la compagnie de commandement. Ce qui manque encore, sera complété, au cours de notre avance, grâce aux stocks de vêtements que l'ennemi en fuite veut bien nous abandonner.
Pendant que nous nous débattons au milieu de ces difficultés, le lieutenant-colonel Hardieck a commencé l'entraînement des hommes. Afin de garder le secret, notre terrain de manœuvres a été déclaré zone interdite, et nous avons même suspendu le service du courrier. Bien entendu, les rumeurs les plus incroyables sur le but de ces préparatifs mystérieux sont colportées dans nos unités. Les soldats savent que je vais prendre le commandement de la brigade, ils s'attendent donc à une action dans le genre de la libération de Mussolini. Bref, le lieutenant-colonel Hardieck n'arrive plus à refréner la curiosité générale, malgré des mesures de plus en plus sévères pour couper court à ces rumeurs affolantes. Bientôt, on discute tant dans les cantonnements qu'il craint pour le secret de notre opération. Il vient donc me rendre compte de cette situation.
En apprenant, dans ma chambre à Friedenthal, les racontars inimaginables que répandent mes hommes, je sens mes cheveux se dresser sur mon pauvre crâne. En tout cas, ces gaillards ne manquent pas d'idées ! Les uns savent, de source sûre, que notre brigade traversera toute la France pour libérer la garnison assiégée dans Brest. Les autres prétendent qu'il s'agit de débloquer les défenseurs de Lorient. Ils ont vu - de leurs propres yeux - des plans qui doivent nous permettre de pénétrer dans la forteresse. Il y a encore une bonne douzaine d'autres versions, ce qui, en somme, ne nous dérangerait guère, si nous ne devions pas craindre, que le contre-espionnage allié ne finisse par s'intéresser un peu trop à nos préparatifs. Comment faire pour couper court à cette épidémie de bobards ? A notre avis, la méthode la plus simple sera la plus efficace : désormais, nous ne démentirons aucune de ces rumeurs, tout en simulant une vive irritation de voir nos hommes si bien informés. Ainsi, nous pensons semer la confusion dans l'esprit des services secrets alliés.
A mesure que le temps passe - et il passe terriblement vite - nous poussons l'entraînement des hommes. Nous répétons surtout plusieurs variantes du thème général : tête de pont. Dans un domaine quelque peu différent, nous nous efforçons de faire perdre à nos hommes la tenue rigide qui résulte de la formation militaire allemande, avec sa discipline exagérée-et inutile. Finalement, nous les habituons même à l'usage du chewing-gum et à la façon typiquement américaine d'ouvrir les paquets de cigarettes.
De toute façon, l'unique unité presque parfaitement camouflée dont nous disposions est la compagnie de commandement. Par conséquent, nous décidons d'être aussi avares que possible des hommes qui la composent. D'ailleurs, nous pouvons guère leur assigner à l'avance des buts précis. Nos instructions doivent laisser la plus grande latitude à l'esprit d'initiative des soldats. En tant qu'observateurs avancés du front, ils rendront d'inappréciables services au gros de nos armées. Ils doivent également essayer d'ajouter à la confusion qui régnera chez l'ennemi, en répandant de fausses nouvelles, en exagérant les succès initiaux des divisions allemandes, en changeant de place les poteaux indicateurs, en donnant des ordres fantaisistes, en coupant les lignes téléphoniques et en détruisant des réserves de munitions.
Un jour, alors que je viens d'inspecter mes troupes, un officier de cette compagnie me demande un entretien confidentiel. Très grave, il me déclare :
- Mon colonel, je connais à présent le but de l'opération que nous préparons.
L'espace d'un instant, je suis perplexe. Est-ce que Foelkersam ou Hardieck - les seuls qui partagent le secret - auraient commis une indiscrétion involontaire ? Mais déjà, l'officier, visiblement satisfait de l'effet produit par ses premières paroles, poursuit en chuchotant :
- La brigade marchera sur Paris afin de capturer le quartier général allié.
C'en est presque trop pour moi; je dois me retenir pour ne pas éclater de rire. Je me contente d'un : hm... hm... peu compromettant. Cela lui suffit pour enchaîner avec enthousiasme.
- Etant donné que je connais Paris comme ma poche, je voudrais me permettre, mon colonel, de vous offrir ma collaboration. Bien en- tendu, je Barderai bouche cousue.
Comme je lui demande ses suggestions, il m'expose un plan détaillé. Une colonne de faux prisonniers, encadrée des soldats parlant parfaitement l'anglais, qui se rendrait tout bonnement à Paris. Même des chars allemands pourraient être du voyage, en tant que prises de guerre destinées à être présentées au G.Q.G. allié.
Avec peine, j'arrive à endiguer ce flot de paroles. Finalement, je le congédie en lui demandant d'étudier son plan en détail et de revenir me voir... et surtout, de se taire. Bien plus tard, j'apprendrai qu'il n'a pas tenu compte de cette dernière recommandation. Pendant des semaines, le contre-espionnage allié a surveillé notamment le Café de la Paix, que j'ai eu le malheur de mentionner au cours de cette conversation.
Vers la mi-novembre, le G. Q. G. recule la date de l'offensive, fixée d'abord au ter décembre, au 10, puis au 16 décembre. La mise en place du dispositif d'attaque n'était pas terminée, l'équipement des divisions était incomplet. Ces retards successifs indiquent que ce sont littéralement nos dernières réserves en hommes et en matériel qui seront jetées dans cette bataille.
Ceci ressort également des délibérations quotidiennes au G. Q. G. du Führer, auxquelles je suis convoqué à trois reprises. Chaque fois, j'entends que telle division manque de chars, telle autre de canons, et encore une autre de camions. Je me rends bien compte que le général Guderian, commandant du front de l'Est, regrette amèrement chaque char, chaque bataillon qu'on lui retire pour le transférer à l'ouest. En somme, nos possibilités ressemblent à présent à un drap trop petit pour le lit qu'il devrait couvrir. Lorsqu'on veut protéger les pieds, c'est-à-dire l'ouest, on est obligé de dégarnir la tête, c'est-à-dire l'est.
Un jour, le rapport de la Luftwaffe indique que même le plus grand courage de nos pilotes ne peut plus compenser la supériorité numérique de l'ennemi. Brusquement, j'entends citer un chiffre : « 250 chasseurs à réaction participeront à l'offensive des Ardennes ». Je n'en crois pas mes oreilles. Est-ce là tout ce qui reste du chiffre de 2.000 que le Führer lui-même m'a annoncé le 22 octobre? Mais Hitler n'écoute même pas. Manifestement, il s'est déjà résigné à notre défaite aérienne.
A la fin de la délibération, le Führer me rappelle encore une fois son ordre de ne pas franchir moi-même les lignes ennemies. Je devrai me contenter de diriger mes détachements par radio. Cette interdiction, formulée d'un ton sans réplique, me touche péniblement, car j'avais espéré que le Führer n'y penserait plus. Serai-je donc condamné à rester à l'arrière, pendant que mes camarades livrent le combat du désespoir ? Ce serait bien la première fois ! Je décide, à part moi, de mettre mes chefs de bataillon au courant de cet ordre - ce qui ne me sera pas très agréable - en ajoutant toutefois que je les rejoindrai si la situation devenait critique. De toute façon, je ne resterai pas planqué dans les bureaux de l'état-major; je trouverai bien une place tout près du front.
Il paraît, en tout cas, que jusqu'à présent, nos préparatifs ont complètement échappé à la surveillance des Alliés. Le front ennemi reste calme et ne reçoit guère de renforts. Les Américains semblent s'attendre à une longue période de repos. Je crois qu'ils n'en jouiront pas longtemps.
Au cours de la nuit du 13 au 14 décembre, nous nous installons dans nos positions de départ. Le 14 décembre, je prends officiellement le commandement de ma brigade blindée. Dans un chalet de garde-forestier, je donne mes dernières instructions à mes chefs de bataillon. Avant tout, il faudra rester en contact constant. Ensuite, j'insiste sur la nécessité de ne tirer à aucun prix. Le moindre coup de feu risque de faire avorter l'opération. Nos groupes doivent avancer, avancer, et ne se laisser influencer par rien. Il faudra voir sur place de quelle façon on pourra s'emparer des ponts. De toute façon, nous ne pouvons nous permettre de livrer un vrai combat ; pour cela, nous sommes beaucoup trop faibles. D'ailleurs, notre projet n'est réalisable qu'à deux conditions : il faut que le front ennemi se soit effondré, et que notre avance pénètre, dès le premier jour, loin derrière les lignes alliées.
Personne ne dort pendant la nuit du 15 au 16 décembre. Nous comptons nous mettre en route quelques heures après le début de l'offensive. Mes trois équipes de radio se sont installées au bord de la forêt. Elles m'ont déjà transmis les premiers messages de nos trois groupes de combat : ceux-ci ont pris position derrière les troupes blindées. Ils attendront mon signal pour revêtir leur tenue de camouflage et pour s'élancer par la brèche ouverte dans la région tenue par l'ennemi. A présent nous attendons tous, dans une tension nerveuse presque intolérable. Lentement, très lentement, se lève l'aube du 16 décembre 1944.
D'un seul coup, des milliers de canons se déchaînent, crachant une grêle serrée de projectiles sur les positions ennemies. Bientôt, le barrage d'artillerie avance, le tir s'allonge, l'infanterie allemande s'apprête à attaquer. Incapable de rester en place, je me rends à l'état-major de notre corps d'armée.
Vers sept heures arrivent les premiers rapports. Ils ne sont pas précisément brillants, mais la journée est loin d'être terminée. Le feu pourtant violent de notre artillerie ne semble pas avoir entamé les positions américaines près de Loosheim. L'ennemi résiste avec une ténacité extraordinaire, notre attaque piétine. Nous attendons, les dents serrées. A midi, on nous annonce des engagements acharnés, quelques gains de terrain, - mais ce n'est certainement pas la percée escomptée.
Je me demande pourquoi le commandement ne fait pas encore donner les chars. Ils ont avancé de quelques kilomètres, - juste la profondeur de notre pénétration - de sorte qu'ils occupent maintenant la ligne de départ de l'infanterie. Mes groupes de combat sont toujours derrière eux.
Un peu plus tard, ma radio m'annonce la mort du lieutenant-colonel Hardieck. Le capitaine von Foelkersam prend le commandement de son bataillon.
La journée du 16 décembre passe sans que la 6e armée blindée ait obtenu un succès décisif. Dès le début de l'après-midi, tout le monde comprend qu'il faudra faire appel aux chars si l'on veut encore tenter la grande percée. Afin d'avoir une vue d'ensemble, J'essaie de filer en voiture jusqu'à Loosheim. Sur les routes, un embouteillage indescriptible de toutes sortes de véhicules. Pour atteindre la petite ville, je dois sans cesse descendre, crier, jurer, pousser, donner des ordres aux chauffeurs des camions bloqués, de sorte que je fais au moins 10 kms à pied. A Loosheim, on entend très distinctement le bruit de la bataille. Dans la forêt qui entoure la ville, les parachutistes partis à l'attaque ce matin essaient vainement de progresser; un peu plus au sud, la situation paraît cependant plus favorable. Dans ce secteur, nous avons réalisé, paraît-il, une avance assez considérable.
A Loosheim, je rencontre une partie de ma compagnie de commandement - c'est-à-dire les éléments que j'ai gardés à ma disposition. Or, je dois prendre, sur-le-champ, une décision extrêmement grave : de toute évidence, nos troupes n'atteindront pas aujourd'hui les objectifs qu'elles devaient enlever au cours de cette première journée de l'offensive. Logiquement, je devrais donc annuler, purement et simplement, l'opération « Dragon » - cette opération à la­quelle je tiens, que nous avons si péniblement préparée! Je n'ai jamais été de ceux qui aban­donnent facilement. D'ailleurs, il me reste un espoir : si nos blindés attaquent cette nuit, l'of­fensive peut encore réussir. Je vais donc attendre encore 24 heures. Si, demain, nous avons franchi la crête du Haut Venn, nos armées auront une chance sérieuse d'atteindre la Meuse, et alors, la prise préalable des ponts par mes unités pourra décider du sort de la bataille.
Avec les hommes les plus « emballés » de la compagnie de commandement, je compose trois groupes qui se chargeront de la désorganisation des arrières de l'ennemi. Je leur donne l'ordre (le chercher, plus loin vers le sud, une possibilité de s'infiltrer derrière les lignes alliées afin d'exé­cuter, dans la mesure du possible, leurs diverses missions. Je leur demande surtout d'explorer les trois routes par lesquelles passeront, si tout va bien, mes trois détachements de combat.
Ensuite, je retourne à l'état-major du corps d'armée. Vers minuit, les chars se lancent à l'at­taque. Les premières nouvelles de leur progres­sion nous parviendront, peut-être, à l'aube. Com­plètement épuisé - voilà 36 heures que je n'ai pas dormi - je me jette sur un matelas et sombre aussitôt dans un profond sommeil.
Un peu plus tard, on me réveille pour m'an­noncer le retour du premier groupe. Les nou­velles qu'il rapporte intéressent surtout le haut commandement. Vers cinq heures du matin, l'état-major reçoit le premier message des chars : « Venons de prendre, contre forte résistance en­nemie, le village de Honsfeld. » Peut-être l'offen­sive va-t-elle enfin démarrer, pensons-nous. Bien­tôt, un autre groupe de blindés qui combat plus au sud annonce, lui aussi, des gains de terrain appréciables.
Au début de la journée, l'état-major doit se déplacer vers l'ouest, dans la région de Manderfeld. Je décide de m'y rendre en éclaireur. L'embouteillage des routes est, si possible, encore plus inextricable que la veille. Une file ininterrompue de véhicules avance par petits bonds, - cinquante mètres - cent mètres - encore cinquante. Bientôt, je perds patience, fais demi-tour et cherche à passer par des chemins défoncés, à peine praticables. Mais à peine ai-je atteint un autre village que je tombe de nouveau dans le chaos des véhicules enchevêtrés. Je me résigne à abandonner ma voiture et à continuer à pied. Parfois, j'arrive, à force de patience, à démêler un amas de camions bloqués. Chaque fois que je vois un officier qui se prélasse sur les coussins de sa voiture, je lui ordonne de descendre et d'essayer de régler cette circulation incroyable.
Sur une côte près de Stadtkyll, une énorme remorque de la Luftwaffe a accroché plusieurs voitures de manière à barrer complètement la route. Une trentaine d'hommes s'efforcent vainement de dégager cette espèce de plate-forme roulante. Comme je m'enquiers du chargement, j'apprends, à mon étonnement, qu'il s'agit de pièces détachées de V-1. Probablement, on les a expédiées si loin à l'avant dans l'espoir que, dès le premier jour, notre front se serait déplacé assez loin vers l'ouest ; à présent, cet ordre est malheureusement sans objet, mais quelque imbécile a oublié de l'annuler.
Voyant que cette maudite remorque ne veut pas reprendre une position normale, je réquisitionne les occupants de tous les camions bloqués. Bientôt, des centaines de bras travaillent au déchargement ; ensuite, nous renversons la remorque qui culbute dans le lac situé en contrebas. En quinze minutes, la route est de nouveau libre.
Le soir, à Manderfeld, j'assiste à un véritable conseil de guerre. Le groupe nord de nos chars n'a pu avancer qu'au prix de durs combats. A présent, les blindés se battent devant Stavelot, âprement défendu par les Américains. Les nouvelles des autres secteurs sont, certes, plus favorables, mais encore loin d'être bonnes. Incontestablement, l'ennemi a été surpris par cette offensive imprévue, mais il s'accroche au terrain, alors que nous espérions le voir reculer sans combattre ; quant à la fuite précipitée qui, seule, aurait permis à l'opération « Greif » de remporter des succès réels, il n'en est nullement question. Nous ne pouvons même plus songer à atteindre la Meuse le lendemain, ni même le surlendemain. Déjà, de fortes réserves ennemies interviennent énergiquement dans la bataille.
Dans ces conditions, je dois me résigner à renoncer à notre opération; toute improvisation n'aurait été que pure folie. Certes, je n'ai pas pris cette décision de gaieté de cœur; mais après avoir longuement réfléchi, je vois que je n'ai pas le droit d'agir autrement. J'en informe l'état-major de la 6e armée qui me donne son approbation. D'autre part, je préviens mes détachements de combat, en leur ordonnant de bivouaquer sur place et d'attendre mes instructions. Finalement, je mets ma brigade à la disposition du premier corps blindé SS - puisque nous sommes là, autant servir à quelque chose - et demande qu'on veuille bien nous assigner une mission d'infanterie qui corresponde à nos possibilités.
Cependant, dès le 18 décembre, l'avance du groupe dont nous faisons désormais partie, prend brusquement fin. A Troisponts, que le groupe prend à 11 heures du matin, les ponts ont sauté. Au cours de l'après-midi, nos troupes s'emparent encore de La Gleize et de Staumont. Mais déjà, tous les messages provenant des premières lignes réclament des munitions et du carburant. Tant que ces deux problèmes ne seront pas résolus, ils piétineront sur place. Et malgré tous nos efforts, les camions envoyés à notre secours n'arrivent pas jusqu'à nous. A présent, il ne faut plus songer à avancer.
Le lendemain, une nouvelle préoccupation surgit. Presque tout le flanc nord du saillant creusé par notre offensive est ouvert. C'est surtout par Malmédy, important croisement de routes, que l'ennemi pourra jeter ses réserves vers le sud, pour essayer de nous couper de nos bases de départ. On me demande si je veux me charger de boucher ce trou par une attaque contre la ville; une fois que Malmédy sera en notre possession, une poussée ennemie ne sera plus à craindre.
Bien entendu, j'accepte et donne à mes trois détachements de combat l'ordre de se rassembler, au cours de la journée du 20 décembre, autour du village d'Engelsdorf. Là, je me présente à l'état-major de la première division blindée SS pour me renseigner sur la possibilité d'une attaque immédiate.
Comme nous ne disposons d'aucune pièce d'artillerie, nous décidons d'attaquer Malmédy de deux côtés à la fois, à l'aube du 21 décembre. Notre objectif sera une chaine de collines au nord de la ville où nous allons nous enterrer afin de repousser d'éventuelles contre-attaques. Pour l'instant, les deux routes qui, venant du nord; aboutissent à Engelsdorf sont défendues par deux groupes de 9 hommes chacun - une couverture légèrement insuffisante, à mon avis.
Le 20 décembre, un détachement de reconnaissance que j'ai envoyé à Malmédy m'indique que la ville n'est tenue, sans doute, que par des forces ennemies très faibles. Le chef de ce détachement, un vieux capitaine de la marine de guerre, me fait un rapport d'une franchise aussi louable que déconcertante. Il n'avait pas du tout l'intention de franchir les lignes, mais - il s'est égaré. Tout à coup, alors qu'il ne s'y attendait nullement, il s'est retrouvé près des premières maisons de la petite ville. Quelques passants lui ont demandé si les Allemands allaient arriver. Comprenant qu'il, avait pénétré dans Malmédy encore occupé par les Américains, il a fait demi- tour et s'est depêché de revenir à Engelsdorf.
- En somme, nous avons eu une sacrée chance, conclut-il en grimaçant un sourire.
Je déduis de cette aventure que la ville n'est guère défendue. Peut-être réussirons-nous à la prendre même sans préparation d'artillerie. De toute façon, j'ai encore dix chars - les autres sont en panne.
Entre-temps, j'ai reçu des nouvelles des groupes envoyés derrière les lignes ennemies pour désorganiser les arrières alliés. Sur les neuf groupes qui avaient reçu cet ordre, six ou, tout au plus, huit seulement ont dû vraiment franchir la ligne de feu. Aujourd'hui encore, je suis incapable de citer un chiffre précis. Je comprends d'ailleurs fort bien que plus d'un de ces jeunes soldats a hésité d'avouer qu'au moment de s'infiltrer dans le dispositif allié, le courage lui a manqué. Par contre, je sais que deux de ces groupes ont été faits prisonniers. Quatre autres m'ont fait, par la suite, des rapports si clairs et précis qu'il n'est pas possible de les mettre en doute. Pour la curiosité du fait, je voudrais raconter brièvement quelques-uns de ces épisodes : Un de ces groupes avait réussi, dès le premier jour de l'offensive, de passer par la brèche ouverte dans le front allié et d'avancer jusqu'à Huy, près des rives de la Meuse. Là, il s'était installé tranquillement à un croisement de routes pour observer les mouvements des troupes ennemies. Le chef du groupe - le «  teamleader » lui parle couramment l'anglais, poussait même I audace jusqu'à se promener dans les environs, pour « se rendre compte de la situation ».
Au bout de quelques heures, ils virent arriver un régiment blindé dont le commandant leur demanda son chemin. Avec une présence d'esprit remarquable, le « teamleader » lui donna une réponse tout à fait fantaisiste. Il annonça notamment que ces « cochons d'Allemands » venaient de couper plusieurs routes. Lui-même aurait l'ordre de faire avec sa colonne un vaste détour. Très heureux d'avoir été avertis à temps, les chars américains prirent en effet le chemin que notre homme leur avait indiqué.
Lors du retour, ce groupe avait coupé plusieurs lignes téléphoniques et enlevé des écriteaux placés par l'intendance américaine. Vingt-quatre heures plus tard, il avait rejoint nos lignes, rapportant des observations intéressantes sur le désordre qui régnait, au début de l'offensive, derrière le front américain.
Un autre de ces petits commandos avait également franchi les lignes américaines et s'était avancé jusqu'à la Meuse. D'après ses observations, les Alliés n'avaient pour ainsi dire rien fait tour protéger les ponts dans cette région. Pendant son retour, ce commando avait barré trois grandes routes menant au front, en fixant aux arbres des rubans de couleur qui, dans l'armée américaine, indiquent les terrains minés. Par la suite, nous avons pu constater que les colonnes de renforts alliés avaient, en effet, évité ces routes, préférant faire un grand détour.
Un troisième commando avait découvert un dépôt de munitions. Nos hommes s'étaient cachés jusqu'à la tombée de la nuit, puis, ils avaient fait sauter le dépôt. Un peu plus tard, ils avaient trouvé un câble collecteur téléphonique qu'ils avaient réussi à couper à trois endroits.
Mais l'histoire la plus extraordinaire est certainement celle d'un autre groupe qui, déjà le 16 décembre, s'était trouvé brusquement devant une position américaine. Deux compagnies de G. I. s'étaient installées comme pour soutenir un long siège, avaient construit des barricades et placé des mitrailleuses. Nos hommes ont dû avoir une belle frayeur, surtout quand un officier américain leur avait demande les derniers tuyaux sur la situation au front.
Après s'être quelque peu ressaisi, le chef du commando - vêtu d'un bel uniforme de sergent américain - avait raconté à ce capitaine yankee une belli histoire. Sans doute les Américains ont-ils mis la peur qui se lisait encore sur les visages de nos soldats, sur le compte de la dernière rencontre avec les « damned Germans ». Car, à en croire le chef du commando, les Allemands avaient déjà dépassé cette position, à gauche comme à droite, de sorte qu'elle était pratiquement encerclée. Très impressionné, le capitaine américain donna immédiatement l'ordre de retraite.
En somme, étant donné les circonstances, le succès de ces commandos dépasse de loin mes espoirs. D'ailleurs, quelques jours plus tard, le poste américain de Calais parle de la découverte d'une immense entreprise d'espionnage et de sabotage à l'arrière des lignes alliées - entreprise placée sous les ordres du colonel Skorzeny, le « ravisseur » de Mussolini. Les Américains annoncent même qu'ils ont déjà capturé plus de 250 hommes de ma brigade, - chiffre largement exagéré. Plus tard, j'apprendrai que le contre- espionnage allié, animé d'une belle ardeur, avait arrêté un certain nombre d'authentiques soldats ou officiers américains.
Quant aux histoires cocasses que m'ont racontées, après la fin de la guerre, plusieurs officiers américains, elles rempliraient un volume. Le capitaine X., par exemple, avait trouvé, dans une ville française, une cantine d'officier allemand, dans laquelle il avait pris une paire de bottes.
Comme elles correspondaient, par hasard, à sa pointure, il les portait tous les jours. Mais les M. P., lancés à la chasse aux espions, s'en étaient aperçus et en avaient déduit que le capitaine X. était - devait être, incontestablement - un espion allemand. Par conséquent, le malheureux fut arrêté et quelque peu malmené. Il m'a assuré qu'il n'oublierait jamais ces huit jours passés dans une prison militaire peu confortable.
Deux jeunes lieutenants, arrivés en France en décembre 1944, furent invités, un jour, par le commandant d'une unité déjà habituée à la rude existence du front. Polis et aimables, les deux jeunes officiers se crurent, évidemment, obligés de manifester discrètement leur appréciation du repas pourtant composé uniquement de conserves. Ces éloges, et aussi leurs uniformes immaculés, les rendirent éminemment suspects - tellement suspects que des M. P., appelés en hâte, vinrent les arracher de leurs chaises pour les conduire en prison. Car les vétérans, dégoûtés des sempiternelles conserves, ne pouvaient admettre qu'un Américain authentique pût trouver des éloges pour une nourriture aussi écœurante.
Et ce ne fut pas tout. Me croyant capable (les forfaits les plus effroyables et des desseins les plus audacieux, le contre-espionnage américain se crut obligé de prendre des mesures exceptionnelles pour assurer la sécurité du haut commandement allié. Ainsi, le général Eisenhower fut, pendant plusieurs jours, séquestré clans son propre quartier général. Il dut s'installer dans une maisonnette gardée par plusieurs cordons de M. P. Bientôt, le général en eut assez et chercha par tous les moyens à se soustraire à cette surveillance. Le contre-espionnage avait même réussi à trouver un sosie du général. C'était un officier d'état-major dont la ressemblance avec Eisenhower était vraiment frappante. Chaque jour, le faux commandant en chef, revêtu d'un uniforme de général, devait monter dans la voiture de son ehef et se rendre à Paris, afin d'attirer sur lui l'attention des « espions allemands ».
De même, le maréchal Montgomery risquait, pendant toute la durée de l'offensive des Ardennes, d'être arrêté et interrogé par les M. P. Un aimable fantaisiste avait répandu une rumeur d'après laquelle un membre de « la bande de Skorzeny » se livrait à l'espionnage sous le déguisement d'un maréchal britannique. Par conséquent, les M.P. examinaient minutieusement l'aspect et le comportement de tout général anglais voyageant en Belgique.
Après cette petite digression, revenons, si vous voulez bien, à Malmédy. L'après-midi du 20 décembre, deux de mes détachements arrivent à Engelsdorf. Quant au troisième, il est beaucoup trop loin pour pouvoir arriver à temps. Décide- ment, nous ne serons pas assez nombreux pour nous gêner mutuellement.
Je décide de déclencher l'attaque à l'aube du 21 décembre. Le premier détachement attaquera du sud-est, le second, commandé par Foelkersam, du sud-ouest. Ils devront essayer d'enfoncer les premières lignes de l'ennemi et de pénétrer jusqu'au centre de la ville. Au cas où ils rencontreraient une forte résistance, ils laisseront une partie des hommes devant les positions américaines et tenteraient, avec le gros des troupes, d'occuper les collines au nord de Malmédy.
A cinq heures précises, les colonnes se lancent à l'assaut. Quelques minutes plus tard, une violente canonnade arrête net le premier détachement qui rompt alors le contact et se retire sur ses positions de départ. Quant à la seconde colonne, je commence bientôt à me demander ce qu'elle a pu devenir. Depuis plus d'une heure, je suis sans aucune nouvelle. Dès qu'il fait complètement jour, je pars, à pied, vers la ligne de feu. Du haut d'une colline, j ai une vue excellente sur la grande courbe que décrit la route à l'ouest de Malmédy ; la ville elle-même est cachée dans un repli du terrain. Or, sur ce tronçon de route, je distingue, à la lunette, six de nos chars « Panther » qui sont engagés dans une lutte sans merci - et sans espoir - avec des forces blindées nettement supérieures. Diable ! - c'étaient ces chars qui devaient couvrir le flanc gauche de notre attaque.
De toute évidence, Foelkersam, ardent et tenace. ne veut pas encore renoncer à emporter la ville. Bientôt, cependant, les premiers soldats reviennent vers nos positions. Ils m'apprennent qu'ils se sont heurtés à des fortifications solides et fortement défendues dont la prise parait impossible sans appui d'artillerie. Nos chars livrent un combat désespéré pour couvrir au moins la retraite. Je regroupe les hommes derrière la colline, afin de pouvoir repousser une éventuelle contre-attaque ennemie. Mais - au fait - je ne vois toujours pas Fcelkersam.
Déjà, nos auto-mitrailleuses ont ramené les derniers blessés. Mon inquiétude ne cesse de croître; aurais-je perdu dans cette affaire stupide mon ami intime, mon fidèle collaborateur ? Enfin, le voilà qui apparaît et commence à gravir la prairie menant au sommet de la colline. Je remarque qu'il s'appuie lourdement sur le bras de notre toubib. Arrivé près de moi, il s'asseoit, très prudemment, sur le sol humide. Avec un faible sourire, il m'explique qu'il .a attrapé un éclat dans la partie la plus charnue de son individu.
Sous la protection de quelques bazookas, nous tenons une brève conférence. Le chef de la compagnie blindée qui, un peu plus tard, nous rejoint en boitant - nous le croyions déjà mort - nous apprend qu'il a pu pénétrer jusqu'aux positions d'artillerie des Americains et écraser une batterie. C'est seulement la contre-attaque d'une colonne deux fois plus nombreuse que la sienne qui l'a rejeté jusqu'à la grande courbe de la route. Mais en essayant de se maintenir à cet endroit particulièrement exposé, afin de permettre à notre infanterie de décrocher, il a perdu jusqu'au dernier de ses chars.
Nous sommes donc forcés de nous tenir tranquilles, tout au moins pour l'instant. Au cours de l'après-midi, je hisse mes détachements sur la crête des collines où nous occupons, en une ligne affreusement mince, un front de 10 kms. Entre-temps le feu de l'artillerie ennemie n'a cessé de s'intensifier, c'est presque un pilonnage qui écrase systématiquement le village d'Engelsdorf et les routes aux alentours.
Vers le soir, je me rends à l'état-major de la division pour l'aire mon rapport. Après avoir expliqué notre situation au chef d'état-major, je me dirige vers l'unique hôtel de la petite localité. Je suis encore à peut-être trente mètres de l'entrée quand un sifflement que je ne connais que trop bien me jette d'un bond sous la voûte. L'instant après, une énorme marmite s'abat sur la remorque qui sert de bureau au chef d'état-major. Celui-ci a eu beaucoup de chance; quand nous l'avons retiré des décombres de sa roulotte, nous constatons qu'à part un éclat dans le dos, il n'a pas une égratignure.
Comme le séjour dans ce patelin devient de plus en plus malsain, je saute dans ma voiture - qui, heureusement, s'est trouvée à l'abri derrière l'hôtel - mon chauffeur embraye et démarre en vitesse. La nuit est noire, nos lumières sont, bien entendu, soigneusement camouflées. Lentement, à l'aveuglette, nous cherchons notre chemin, en prenant bien soin de rester au milieu de la route. A peine avons-nous traversé le petit pont que trois obus arrivent et explosent tout près de nous. Je sens comme un choc au front, saute instinctivement hors (le la voiture ouverte et me jette, au jugé, dans le fossé. Un instant plus tard, un camion, arrivant en sens inverse, monte sur mon auto dont les phares se sont éteints. Quelque chose de chaud me coule sur la figure, je me tâte prudemment les joues, le nez ; au-dessus de l'œil droit, mes doigts s'enfoncent dans un lambeau de chair flasque. Epouvanté, je ne puis réprimer un sursaut. Est-ce que l'œil est perdu ? Ce serait à peu près ce qui pourrait m'arriver de pire. Toute ma vie, j'ai plaint les aveugles dont le sort me paraît particulièrement affreux. Sans même m'occuper des obus qui, à présent, pleuvent un peu partout autour de moi, j'explore doucement la région au-dessous de cette chair déchiquetée. Dieu soit loué ! Je sens l'œil, bien à l'abri dans l'orbite.
Aussitôt, je me ressaisis. Mon chauffeur est indemne, la voiture a résisté au choc et veut même repartir. Nous arrivons à faire demi-tour - tant pis pour le capot - et, quelques minutes plus tard, nous voila de retour à l'état-major de la division.
A en juger d'après l'expression ahurie des officiers, je dois être dans un bel état. A l'aide d'une glace, j'examine, de l'œil gauche, bien entendu, ma pauvre figure. Evidemment, je ne suis pas joli, joli. Mais quand mon chauffeur découvre, dans la jambe droite de mon pantalon, quatre trous et que je trouve, sur ma peau, les traces des deux éclats qui ont passé par là, ma bonne humeur revient d'un seul coup. Décidément, je suis un sacré veinard ! L'attente du médecin est assez agréable, grâce à un verre de cognac et un « goulash », servi par la roulante. Malheureusement, j'ai du mal à fumer, le sang mouille aussitôt la cigarette qui a un drôle de goût.
Enfin, le toubib arrive, m'engueule copieusement, - au lieu d'être heureux de me voir encore en vie - et décide de m'emmener immédiate- ment à l'infirmerie. A vrai dire, je suis content de pouvoir quitter cette vallée infernale - peut- être y aurais-je quand même laissé ma peau.
Malgré le désir des médecins de m'évacuer vers l'arrière, je manifeste l'intention de reprendre, le plus vite possible, le commandement de mon unité. La situation est vraiment trop sérieuse pour que je puisse songer à rentrer en Allemagne. D'ailleurs, je me sens presque d'aplomb. Le chirurgien hausse les épaules, me fait une anesthésie locale, m'enlève quelques esquilles et recoud la plaie. Un pansement bien serré maintient la peau en place. Le lendemain, je rejoins mon poste.
Je constate que nos positions risquent de devenir intenables. L'artillerie ennemie semble avoir une véritable prédilection pour nos maigres effectifs. Au cours de la journée, un obus de plein fouet pulvérise un endroit particulièrement propice aux méditations solitaires, un autre passe par la porte de l'étable et tue notre pauvre vieille vache. A quelque chose malheur est bon - nous aurons de la viande fraîche.
La nuit suivante, nous sommes réveillés par des bruits inhabituels. Au-dessus de nos têtes, des V-1 dessinent leurs trajectoires flamboyantes en direction de Liège. Voilà qui nous réconcilie quelque peu avec la Luftwaffe, si obstinément invisible. Mais quand, une ou deux nuits plus tard, un de ces engins s'écrase contre une colline située à environ 100 mètres de notre maison, - heureusement sans exploser - nous revenons sur cette réconciliation. Qui nous garantit que le prochain V-1 ne fera pas plus de dégâts ? Peut- être la rumeur est-elle fondée d'après laquelle les ouvriers étrangers, occupés au montage des dispositifs de direction des V-1, sabotent de plus en plus souvent ces appareils délicats.
Le 23 décembre, je pars à Meyrode pour secouer l'état-major de la 6e armée blindée. Notre équipement est, en effet, lamentable, d'autant plus qu'il n'est pas prévu pour une bataille aussi longue. Comme nous n'avons pas de cuisines roulantes, la préparation d'un repas chaud pose chaque jour un problème angoissant. Nous manquons de vêtements d'hiver, et, surtout - avant tout - nous manquons d'artillerie. - Mon voyage est assez mouvementé. Le retour du beau temps a libéré le ciel pour l'aviation ennemie - sans doute pas pour la nôtre qu'on ne voit jamais. Continuellement, nous sommes forcés d'arrêter et de nous jeter dans le fossé. Parfois, quand pour éviter un croisement dangereux, nous coupons à travers champs, nous n'avons même pas de fossé à notre disposition, alors, nous nous couchons à plat ventre, le nez dans la gadoue. Lors d'un de ces exercices, je me mets tout à coup à frissonner, à claquer des dents, à transpirer... C'est sans doute à ma blessure que je dois cette petite poussée de fièvre; malgré le pansement, elle s'est légèrement infectée.
Dans une ferme abandonnée, je me couche dans le lit du paysan, avale quelques comprimés d'aspirine et ingurgite un grog qui contient plus de rhum que d'eau. Mon chauffeur et mon officier d'ordonnance continuent sans moi jusqu'à Meyrode. A leur retour, quelques heures plus tard, je suis suffisamment rétabli pour rentrer « à la maison », c'est-à-dire à mon P. C.
Le 24 décembre se présente enfin la batterie lourde que nous attendons depuis si longtemps. Aussitôt, je montre à l'officier qui la commande les emplacements que j'ai fait préparer à son intention - ou plutôt à celle de ses pièces, - puis, je lui explique, à l'aide de la carte, les objectifs qu'il doit prendre sous son feu. Il hoche la tête, s'éclaircit la voix, m'écoute sans rien dire. Mais quand je lui demande d'installer rapidement ses canons, il retrouve l'usage de la parole.
- Mon colonel, déclare-t-il, je dois vous dire que je dispose, en tout et pour tout, de seize coups par pièce, et que je ne puis compter, pour le moment, sur aucun ravitaillement en munitions.
Tout d'abord, je reste muet, trop abasourdi pour articuler un seul mot. Je me demande si je dois en rire ou pleurer. Voilà enfin l'artillerie si impatiemment attendue - elle nous arrive le jour de Noël, presque comme un cadeau - mais nous n'avons pas de munitions. Manifestement, le commandant de batterie n'y peut rien - il est d'ailleurs navré - mais ma conversation téléphonique avec l'état-major de la 6e armée est plutôt animée. Bien entendu, mes éclats de colère ne servent à rien. Nous ne recevrons jamais ces munitions.
Plus d'une fois, je songe à mon dernier entretien avec le Führer. D'après ses déclarations, l'organisation Todt avait pris toutes les mesures nécessaires pour assurer sans le moindre retard les transports d'essence et de munitions jusqu'aux lignes avancées, notamment avec des camions gazogènes. A cet effet, l'organisation Todt allait placer, le long des routes, d'immenses réserves de bois pour alimenter les camions. Or, malgré mes innombrables voyages à travers toute la région, je n'ai jamais vu un seul de ces fameux gazogènes. Comprenne qui pourra...
Le 28 décembre 1944, nous sommes relevés par une division d'infanterie. Le lendemain, nous nous installons dans des cantonnements provisoires à l'est de Saint-Vith. Bientôt, c'est la retraite générale qui nous ramène en Allemagne.
Pour moi comme pour toute l'armée allemande, la grande offensive des Ardennes se termine par une grande défaite.


Source : http://www.theatrum-belli.com
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MessagePosté le: Dim 2 Mai - 20:22 (2010)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun 3 Mai - 12:52 (2010)    Sujet du message: 1944 : L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny (2/2) Répondre en citant

1944 : L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny (2/2)
La journée du 16 décembre passe sans que la 6e armée blindée ait obtenu un succès décisif. Dès le début de l'après-midi, tout le monde comprend qu'il faudra faire appel aux chars si l'on veut encore tenter la grande percée. Afin d'avoir une vue d'ensemble, J'essaie de filer en voiture jusqu'à Loosheim. Sur les routes, un embouteillage indescriptible de toutes sortes de véhicules. Pour atteindre la petite ville, je dois sans cesse descendre, crier, jurer, pousser, donner des ordres aux chauffeurs des camions bloqués, de sorte que je fais au moins 10 kms à pied. A Loosheim, on entend très distinctement le bruit de la bataille. Dans la forêt qui entoure la ville, les parachutistes partis à l'attaque ce matin essaient vainement de progresser ; un peu plus au sud, la situation paraît cependant plus favorable. Dans ce secteur, nous avons réalisé, paraît-il, une avance assez considérable.
A Loosheim, je rencontre une partie de ma compagnie de commandement - c'est-à-dire les éléments que j'ai gardés à ma disposition. Or, je dois prendre, sur-le-champ, une décision extrêmement grave : de toute évidence, nos troupes n'atteindront pas aujourd'hui les objectifs qu'elles devaient enlever au cours de cette première journée de l'offensive. Logiquement, je devrais donc annuler, purement et simplement, l'opération « Greif » - cette opération à la­quelle je tiens, que nous avons si péniblement préparée! Je n'ai jamais été de ceux qui aban­donnent facilement. D'ailleurs, il me reste un espoir : si nos blindés attaquent cette nuit, l'of­fensive peut encore réussir. Je vais donc attendre encore 24 heures. Si, demain, nous avons franchi la crête du Haut Venn, nos armées auront une chance sérieuse d'atteindre la Meuse, et alors, la prise préalable des ponts par mes unités pourra décider du sort de la bataille.
 



Avec les hommes les plus « emballés » de la compagnie de commandement, je compose trois groupes qui se chargeront de la désorganisation des arrières de l'ennemi. Je leur donne l'ordre (le chercher, plus loin vers le sud, une possibilité de s'infiltrer derrière les lignes alliées afin d'exé­cuter, dans la mesure du possible, leurs diverses missions. Je leur demande surtout d'explorer les trois routes par lesquelles passeront, si tout va bien, mes trois détachements de combat.
Ensuite, je retourne à l'état-major du corps d'armée. Vers minuit, les chars se lancent à l'at­taque. Les premières nouvelles de leur progres­sion nous parviendront, peut-être, à l'aube. Com­plètement épuisé - voilà 36 heures que je n'ai pas dormi - je me jette sur un matelas et sombre aussitôt dans un profond sommeil.
Un peu plus tard, on me réveille pour m'an­noncer le retour du premier groupe. Les nou­velles qu'il rapporte intéressent surtout le haut commandement. Vers cinq heures du matin, l'état-major reçoit le premier message des chars : « Venons de prendre, contre forte résistance en­nemie, le village de Honsfeld. » Peut-être l'offen­sive va-t-elle enfin démarrer, pensons-nous. Bien­tôt, un autre groupe de blindés qui combat plus au sud annonce, lui aussi, des gains de terrain appréciables.
Au début de la journée, l'état-major doit se déplacer vers l'ouest, dans la région de Manderfeld. Je décide de m'y rendre en éclaireur. L'embouteillage des routes est, si possible, encore plus inextricable que la veille. Une file ininterrompue de véhicules avance par petits bonds, - cinquante mètres - cent mètres - encore cinquante. Bientôt, je perds patience, fais demi-tour et cherche à passer par des chemins défoncés, à peine praticables. Mais à peine ai-je atteint un autre village que je tombe de nouveau dans le chaos des véhicules enchevêtrés. Je me résigne à abandonner ma voiture et à continuer à pied. Parfois, j'arrive, à force de patience, à démêler un amas de camions bloqués. Chaque fois que je vois un officier qui se prélasse sur les coussins de sa voiture, je lui ordonne de descendre et d'essayer de régler cette circulation incroyable.
Sur une côte près de Stadtkyll, une énorme remorque de la Luftwaffe a accroché plusieurs voitures de manière à barrer complètement la route. Une trentaine d'hommes s'efforcent vainement de dégager cette espèce de plate-forme roulante. Comme je m'enquiers du chargement, j'apprends, à mon étonnement, qu'il s'agit de pièces détachées de V-1. Probablement, on les a expédiées si loin à l'avant dans l'espoir que, dès le premier jour, notre front se serait déplacé assez loin vers l'ouest ; à présent, cet ordre est malheureusement sans objet, mais quelque imbécile a oublié de l'annuler.
Voyant que cette maudite remorque ne veut pas reprendre une position normale, je réquisitionne les occupants de tous les camions bloqués. Bientôt, des centaines de bras travaillent au déchargement ; ensuite, nous renversons la remorque qui culbute dans le lac situé en contrebas. En quinze minutes, la route est de nouveau libre.
Le soir, à Manderfeld, j'assiste à un véritable conseil de guerre. Le groupe nord de nos chars n'a pu avancer qu'au prix de durs combats. A présent, les blindés se battent devant Stavelot, âprement défendu par les Américains. Les nouvelles des autres secteurs sont, certes, plus favorables, mais encore loin d'être bonnes. Incontestablement, l'ennemi a été surpris par cette offensive imprévue, mais il s'accroche au terrain, alors que nous espérions le voir reculer sans combattre ; quant à la fuite précipitée qui, seule, aurait permis à l'opération « Greif » de remporter des succès réels, il n'en est nullement question. Nous ne pouvons même plus songer à atteindre la Meuse le lendemain, ni même le surlendemain. Déjà, de fortes réserves ennemies interviennent énergiquement dans la bataille.
Dans ces conditions, je dois me résigner à renoncer à notre opération; toute improvisation n'aurait été que pure folie. Certes, je n'ai pas pris cette décision de gaieté de cœur; mais après avoir longuement réfléchi, je vois que je n'ai pas le droit d'agir autrement. J'en informe l'état-major de la 6e armée qui me donne son approbation. D'autre part, je préviens mes détachements de combat, en leur ordonnant de bivouaquer sur place et d'attendre mes instructions. Finalement, je mets ma brigade à la disposition du premier corps blindé SS - puisque nous sommes là, autant servir à quelque chose - et demande qu'on veuille bien nous assigner une mission d'infanterie qui corresponde à nos possibilités.
Cependant, dès le 18 décembre, l'avance du groupe dont nous faisons désormais partie, prend brusquement fin. A Troisponts, que le groupe prend à 11 heures du matin, les ponts ont sauté. Au cours de l'après-midi, nos troupes s'emparent encore de La Gleize et de Staumont. Mais déjà, tous les messages provenant des premières lignes réclament des munitions et du carburant. Tant que ces deux problèmes ne seront pas résolus, ils piétineront sur place. Et malgré tous nos efforts, les camions envoyés à notre secours n'arrivent pas jusqu'à nous. A présent, il ne faut plus songer à avancer.
Le lendemain, une nouvelle préoccupation surgit. Presque tout le flanc nord du saillant creusé par notre offensive est ouvert. C'est surtout par Malmédy, important croisement de routes, que l'ennemi pourra jeter ses réserves vers le sud, pour essayer de nous couper de nos bases de départ. On me demande si je veux me charger de boucher ce trou par une attaque contre la ville; une fois que Malmédy sera en notre possession, une poussée ennemie ne sera plus à craindre.
Bien entendu, j'accepte et donne à mes trois détachements de combat l'ordre de se rassembler, au cours de la journée du 20 décembre, autour du village d'Engelsdorf. Là, je me présente à l'état-major de la première division blindée SS pour me renseigner sur la possibilité d'une attaque immédiate.
Comme nous ne disposons d'aucune pièce d'artillerie, nous décidons d'attaquer Malmédy de deux côtés à la fois, à l'aube du 21 décembre. Notre objectif sera une chaine de collines au nord de la ville où nous allons nous enterrer afin de repousser d'éventuelles contre-attaques. Pour l'instant, les deux routes qui, venant du nord; aboutissent à Engelsdorf sont défendues par deux groupes de 9 hommes chacun - une couverture légèrement insuffisante, à mon avis.
Le 20 décembre, un détachement de reconnaissance que j'ai envoyé à Malmédy m'indique que la ville n'est tenue, sans doute, que par des forces ennemies très faibles. Le chef de ce détachement, un vieux capitaine de la marine de guerre, me fait un rapport d'une franchise aussi louable que déconcertante. Il n'avait pas du tout l'intention de franchir les lignes, mais - il s'est égaré. Tout à coup, alors qu'il ne s'y attendait nullement, il s'est retrouvé près des premières maisons de la petite ville. Quelques passants lui ont demandé si les Allemands allaient arriver. Comprenant qu'il, avait pénétré dans Malmédy encore occupé par les Américains, il a fait demi- tour et s'est depêché de revenir à Engelsdorf.
- En somme, nous avons eu une sacrée chance, conclut-il en grimaçant un sourire.
Je déduis de cette aventure que la ville n'est guère défendue. Peut-être réussirons-nous à la prendre même sans préparation d'artillerie. De toute façon, j'ai encore dix chars - les autres sont en panne.
Entre-temps, j'ai reçu des nouvelles des groupes envoyés derrière les lignes ennemies pour désorganiser les arrières alliés. Sur les neuf groupes qui avaient reçu cet ordre, six ou, tout au plus, huit seulement ont dû vraiment franchir la ligne de feu. Aujourd'hui encore, je suis incapable de citer un chiffre précis. Je comprends d'ailleurs fort bien que plus d'un de ces jeunes soldats a hésité d'avouer qu'au moment de s'infiltrer dans le dispositif allié, le courage lui a manqué. Par contre, je sais que deux de ces groupes ont été faits prisonniers. Quatre autres m'ont fait, par la suite, des rapports si clairs et précis qu'il n'est pas possible de les mettre en doute. Pour la curiosité du fait, je voudrais raconter brièvement quelques-uns de ces épisodes : Un de ces groupes avait réussi, dès le premier jour de l'offensive, de passer par la brèche ouverte dans le front allié et d'avancer jusqu'à Huy, près des rives de la Meuse. Là, il s'était installé tranquillement à un croisement de routes pour observer les mouvements des troupes ennemies. Le chef du groupe - le «  teamleader » lui parle couramment l'anglais, poussait même I audace jusqu'à se promener dans les environs, pour « se rendre compte de la situation ».
Au bout de quelques heures, ils virent arriver un régiment blindé dont le commandant leur demanda son chemin. Avec une présence d'esprit remarquable, le « teamleader » lui donna une réponse tout à fait fantaisiste. Il annonça notamment que ces « cochons d'Allemands » venaient de couper plusieurs routes. Lui-même aurait l'ordre de faire avec sa colonne un vaste détour. Très heureux d'avoir été avertis à temps, les chars américains prirent en effet le chemin que notre homme leur avait indiqué.
Lors du retour, ce groupe avait coupé plusieurs lignes téléphoniques et enlevé des écriteaux placés par l'intendance américaine. Vingt-quatre heures plus tard, il avait rejoint nos lignes, rapportant des observations intéressantes sur le désordre qui régnait, au début de l'offensive, derrière le front américain.
Un autre de ces petits commandos avait également franchi les lignes américaines et s'était avancé jusqu'à la Meuse. D'après ses observations, les Alliés n'avaient pour ainsi dire rien fait tour protéger les ponts dans cette région. Pendant son retour, ce commando avait barré trois grandes routes menant au front, en fixant aux arbres des rubans de couleur qui, dans l'armée américaine, indiquent les terrains minés. Par la suite, nous avons pu constater que les colonnes de renforts alliés avaient, en effet, évité ces routes, préférant faire un grand détour.
Un troisième commando avait découvert un dépôt de munitions. Nos hommes s'étaient cachés jusqu'à la tombée de la nuit, puis, ils avaient fait sauter le dépôt. Un peu plus tard, ils avaient trouvé un câble collecteur téléphonique qu'ils avaient réussi à couper à trois endroits.
Mais l'histoire la plus extraordinaire est certainement celle d'un autre groupe qui, déjà le 16 décembre, s'était trouvé brusquement devant une position américaine. Deux compagnies de G.I. s'étaient installées comme pour soutenir un long siège, avaient construit des barricades et placé des mitrailleuses. Nos hommes ont dû avoir une belle frayeur, surtout quand un officier américain leur avait demande les derniers tuyaux sur la situation au front.
Après s'être quelque peu ressaisi, le chef du commando - vêtu d'un bel uniforme de sergent américain - avait raconté à ce capitaine yankee une belli histoire. Sans doute les Américains ont-ils mis la peur qui se lisait encore sur les visages de nos soldats, sur le compte de la dernière rencontre avec les « damned Germans ». Car, à en croire le chef du commando, les Allemands avaient déjà dépassé cette position, à gauche comme à droite, de sorte qu'elle était pratiquement encerclée. Très impressionné, le capitaine américain donna immédiatement l'ordre de retraite.
En somme, étant donné les circonstances, le succès de ces commandos dépasse de loin mes espoirs. D'ailleurs, quelques jours plus tard, le poste américain de Calais parle de la découverte d'une immense entreprise d'espionnage et de sabotage à l'arrière des lignes alliées - entreprise placée sous les ordres du colonel Skorzeny, le « ravisseur » de Mussolini. Les Américains annoncent même qu'ils ont déjà capturé plus de 250 hommes de ma brigade, - chiffre largement exagéré. Plus tard, j'apprendrai que le contre- espionnage allié, animé d'une belle ardeur, avait arrêté un certain nombre d'authentiques soldats ou officiers américains.
Quant aux histoires cocasses que m'ont racontées, après la fin de la guerre, plusieurs officiers américains, elles rempliraient un volume. Le capitaine X., par exemple, avait trouvé, dans une ville française, une cantine d'officier allemand, dans laquelle il avait pris une paire de bottes.
Comme elles correspondaient, par hasard, à sa pointure, il les portait tous les jours. Mais les M. P., lancés à la chasse aux espions, s'en étaient aperçus et en avaient déduit que le capitaine X. était - devait être, incontestablement - un espion allemand. Par conséquent, le malheureux fut arrêté et quelque peu malmené. Il m'a assuré qu'il n'oublierait jamais ces huit jours passés dans une prison militaire peu confortable.
Deux jeunes lieutenants, arrivés en France en décembre 1944, furent invités, un jour, par le commandant d'une unité déjà habituée à la rude existence du front. Polis et aimables, les deux jeunes officiers se crurent, évidemment, obligés de manifester discrètement leur appréciation du repas pourtant composé uniquement de conserves. Ces éloges, et aussi leurs uniformes immaculés, les rendirent éminemment suspects - tellement suspects que des M. P., appelés en hâte, vinrent les arracher de leurs chaises pour les conduire en prison. Car les vétérans, dégoûtés des sempiternelles conserves, ne pouvaient admettre qu'un Américain authentique pût trouver des éloges pour une nourriture aussi écœurante.
Et ce ne fut pas tout. Me croyant capable (les forfaits les plus effroyables et des desseins les plus audacieux, le contre-espionnage américain se crut obligé de prendre des mesures exceptionnelles pour assurer la sécurité du haut commandement allié. Ainsi, le général Eisenhower fut, pendant plusieurs jours, séquestré clans son propre quartier général. Il dut s'installer dans une maisonnette gardée par plusieurs cordons de M. P. Bientôt, le général en eut assez et chercha par tous les moyens à se soustraire à cette surveillance. Le contre-espionnage avait même réussi à trouver un sosie du général. C'était un officier d'état-major dont la ressemblance avec Eisenhower était vraiment frappante. Chaque jour, le faux commandant en chef, revêtu d'un uniforme de général, devait monter dans la voiture de son ehef et se rendre à Paris, afin d'attirer sur lui l'attention des « espions allemands ».
De même, le maréchal Montgomery risquait, pendant toute la durée de l'offensive des Ardennes, d'être arrêté et interrogé par les M. P. Un aimable fantaisiste avait répandu une rumeur d'après laquelle un membre de « la bande de Skorzeny » se livrait à l'espionnage sous le déguisement d'un maréchal britannique. Par conséquent, les M.P. examinaient minutieusement l'aspect et le comportement de tout général anglais voyageant en Belgique.
Après cette petite digression, revenons, si vous voulez bien, à Malmédy. L'après-midi du 20 décembre, deux de mes détachements arrivent à Engelsdorf. Quant au troisième, il est beaucoup trop loin pour pouvoir arriver à temps. Décide- ment, nous ne serons pas assez nombreux pour nous gêner mutuellement.
Je décide de déclencher l'attaque à l'aube du 21 décembre. Le premier détachement attaquera du sud-est, le second, commandé par Foelkersam, du sud-ouest. Ils devront essayer d'enfoncer les premières lignes de l'ennemi et de pénétrer jusqu'au centre de la ville. Au cas où ils rencontreraient une forte résistance, ils laisseront une partie des hommes devant les positions américaines et tenteraient, avec le gros des troupes, d'occuper les collines au nord de Malmédy.
A cinq heures précises, les colonnes se lancent à l'assaut. Quelques minutes plus tard, une violente canonnade arrête net le premier détachement qui rompt alors le contact et se retire sur ses positions de départ. Quant à la seconde colonne, je commence bientôt à me demander ce qu'elle a pu devenir. Depuis plus d'une heure, je suis sans aucune nouvelle. Dès qu'il fait complètement jour, je pars, à pied, vers la ligne de feu. Du haut d'une colline, j ai une vue excellente sur la grande courbe que décrit la route à l'ouest de Malmédy ; la ville elle-même est cachée dans un repli du terrain. Or, sur ce tronçon de route, je distingue, à la lunette, six de nos chars « Panther » qui sont engagés dans une lutte sans merci - et sans espoir - avec des forces blindées nettement supérieures. Diable ! - c'étaient ces chars qui devaient couvrir le flanc gauche de notre attaque.
De toute évidence, Foelkersam, ardent et tenace. ne veut pas encore renoncer à emporter la ville. Bientôt, cependant, les premiers soldats reviennent vers nos positions. Ils m'apprennent qu'ils se sont heurtés à des fortifications solides et fortement défendues dont la prise parait impossible sans appui d'artillerie. Nos chars livrent un combat désespéré pour couvrir au moins la retraite. Je regroupe les hommes derrière la colline, afin de pouvoir repousser une éventuelle contre-attaque ennemie. Mais - au fait - je ne vois toujours pas Fcelkersam.
Déjà, nos auto-mitrailleuses ont ramené les derniers blessés. Mon inquiétude ne cesse de croître; aurais-je perdu dans cette affaire stupide mon ami intime, mon fidèle collaborateur ? Enfin, le voilà qui apparaît et commence à gravir la prairie menant au sommet de la colline. Je remarque qu'il s'appuie lourdement sur le bras de notre toubib. Arrivé près de moi, il s'asseoit, très prudemment, sur le sol humide. Avec un faible sourire, il m'explique qu'il .a attrapé un éclat dans la partie la plus charnue de son individu.
Sous la protection de quelques bazookas, nous tenons une brève conférence. Le chef de la compagnie blindée qui, un peu plus tard, nous rejoint en boitant - nous le croyions déjà mort - nous apprend qu'il a pu pénétrer jusqu'aux positions d'artillerie des Americains et écraser une batterie. C'est seulement la contre-attaque d'une colonne deux fois plus nombreuse que la sienne qui l'a rejeté jusqu'à la grande courbe de la route. Mais en essayant de se maintenir à cet endroit particulièrement exposé, afin de permettre à notre infanterie de décrocher, il a perdu jusqu'au dernier de ses chars.
Nous sommes donc forcés de nous tenir tranquilles, tout au moins pour l'instant. Au cours de l'après-midi, je hisse mes détachements sur la crête des collines où nous occupons, en une ligne affreusement mince, un front de 10 kms. Entre-temps le feu de l'artillerie ennemie n'a cessé de s'intensifier, c'est presque un pilonnage qui écrase systématiquement le village d'Engelsdorf et les routes aux alentours.
Vers le soir, je me rends à l'état-major de la division pour l'aire mon rapport. Après avoir expliqué notre situation au chef d'état-major, je me dirige vers l'unique hôtel de la petite localité. Je suis encore à peut-être trente mètres de l'entrée quand un sifflement que je ne connais que trop bien me jette d'un bond sous la voûte. L'instant après, une énorme marmite s'abat sur la remorque qui sert de bureau au chef d'état-major. Celui-ci a eu beaucoup de chance; quand nous l'avons retiré des décombres de sa roulotte, nous constatons qu'à part un éclat dans le dos, il n'a pas une égratignure.
Comme le séjour dans ce patelin devient de plus en plus malsain, je saute dans ma voiture - qui, heureusement, s'est trouvée à l'abri derrière l'hôtel - mon chauffeur embraye et démarre en vitesse. La nuit est noire, nos lumières sont, bien entendu, soigneusement camouflées. Lentement, à l'aveuglette, nous cherchons notre chemin, en prenant bien soin de rester au milieu de la route. A peine avons-nous traversé le petit pont que trois obus arrivent et explosent tout près de nous. Je sens comme un choc au front, saute instinctivement hors (le la voiture ouverte et me jette, au jugé, dans le fossé. Un instant plus tard, un camion, arrivant en sens inverse, monte sur mon auto dont les phares se sont éteints. Quelque chose de chaud me coule sur la figure, je me tâte prudemment les joues, le nez ; au-dessus de l'œil droit, mes doigts s'enfoncent dans un lambeau de chair flasque. Epouvanté, je ne puis réprimer un sursaut. Est-ce que l'œil est perdu ? Ce serait à peu près ce qui pourrait m'arriver de pire. Toute ma vie, j'ai plaint les aveugles dont le sort me paraît particulièrement affreux. Sans même m'occuper des obus qui, à présent, pleuvent un peu partout autour de moi, j'explore doucement la région au-dessous de cette chair déchiquetée. Dieu soit loué ! Je sens l'œil, bien à l'abri dans l'orbite.
Aussitôt, je me ressaisis. Mon chauffeur est indemne, la voiture a résisté au choc et veut même repartir. Nous arrivons à faire demi-tour - tant pis pour le capot - et, quelques minutes plus tard, nous voila de retour à l'état-major de la division.
A en juger d'après l'expression ahurie des officiers, je dois être dans un bel état. A l'aide d'une glace, j'examine, de l'œil gauche, bien entendu, ma pauvre figure. Evidemment, je ne suis pas joli, joli. Mais quand mon chauffeur découvre, dans la jambe droite de mon pantalon, quatre trous et que je trouve, sur ma peau, les traces des deux éclats qui ont passé par là, ma bonne humeur revient d'un seul coup. Décidément, je suis un sacré veinard ! L'attente du médecin est assez agréable, grâce à un verre de cognac et un « goulash », servi par la roulante. Malheureusement, j'ai du mal à fumer, le sang mouille aussitôt la cigarette qui a un drôle de goût.
Enfin, le toubib arrive, m'engueule copieusement, - au lieu d'être heureux de me voir encore en vie - et décide de m'emmener immédiate- ment à l'infirmerie. A vrai dire, je suis content de pouvoir quitter cette vallée infernale - peut- être y aurais-je quand même laissé ma peau.
Malgré le désir des médecins de m'évacuer vers l'arrière, je manifeste l'intention de reprendre, le plus vite possible, le commandement de mon unité. La situation est vraiment trop sérieuse pour que je puisse songer à rentrer en Allemagne. D'ailleurs, je me sens presque d'aplomb. Le chirurgien hausse les épaules, me fait une anesthésie locale, m'enlève quelques esquilles et recoud la plaie. Un pansement bien serré maintient la peau en place. Le lendemain, je rejoins mon poste.
Je constate que nos positions risquent de devenir intenables. L'artillerie ennemie semble avoir une véritable prédilection pour nos maigres effectifs. Au cours de la journée, un obus de plein fouet pulvérise un endroit particulièrement propice aux méditations solitaires, un autre passe par la porte de l'étable et tue notre pauvre vieille vache. A quelque chose malheur est bon - nous aurons de la viande fraîche.
La nuit suivante, nous sommes réveillés par des bruits inhabituels. Au-dessus de nos têtes, des V-1 dessinent leurs trajectoires flamboyantes en direction de Liège. Voilà qui nous réconcilie quelque peu avec la Luftwaffe, si obstinément invisible. Mais quand, une ou deux nuits plus tard, un de ces engins s'écrase contre une colline située à environ 100 mètres de notre maison, - heureusement sans exploser - nous revenons sur cette réconciliation. Qui nous garantit que le prochain V-1 ne fera pas plus de dégâts ? Peut- être la rumeur est-elle fondée d'après laquelle les ouvriers étrangers, occupés au montage des dispositifs de direction des V-1, sabotent de plus en plus souvent ces appareils délicats.
Le 23 décembre, je pars à Meyrode pour secouer l'état-major de la 6e armée blindée. Notre équipement est, en effet, lamentable, d'autant plus qu'il n'est pas prévu pour une bataille aussi longue. Comme nous n'avons pas de cuisines roulantes, la préparation d'un repas chaud pose chaque jour un problème angoissant. Nous manquons de vêtements d'hiver, et, surtout - avant tout - nous manquons d'artillerie. - Mon voyage est assez mouvementé. Le retour du beau temps a libéré le ciel pour l'aviation ennemie - sans doute pas pour la nôtre qu'on ne voit jamais. Continuellement, nous sommes forcés d'arrêter et de nous jeter dans le fossé. Parfois, quand pour éviter un croisement dangereux, nous coupons à travers champs, nous n'avons même pas de fossé à notre disposition, alors, nous nous couchons à plat ventre, le nez dans la gadoue. Lors d'un de ces exercices, je me mets tout à coup à frissonner, à claquer des dents, à transpirer... C'est sans doute à ma blessure que je dois cette petite poussée de fièvre; malgré le pansement, elle s'est légèrement infectée.
Dans une ferme abandonnée, je me couche dans le lit du paysan, avale quelques comprimés d'aspirine et ingurgite un grog qui contient plus de rhum que d'eau. Mon chauffeur et mon officier d'ordonnance continuent sans moi jusqu'à Meyrode. A leur retour, quelques heures plus tard, je suis suffisamment rétabli pour rentrer « à la maison », c'est-à-dire à mon P. C.
Le 24 décembre se présente enfin la batterie lourde que nous attendons depuis si longtemps. Aussitôt, je montre à l'officier qui la commande les emplacements que j'ai fait préparer à son intention - ou plutôt à celle de ses pièces, - puis, je lui explique, à l'aide de la carte, les objectifs qu'il doit prendre sous son feu. Il hoche la tête, s'éclaircit la voix, m'écoute sans rien dire. Mais quand je lui demande d'installer rapidement ses canons, il retrouve l'usage de la parole.
- Mon colonel, déclare-t-il, je dois vous dire que je dispose, en tout et pour tout, de seize coups par pièce, et que je ne puis compter, pour le moment, sur aucun ravitaillement en munitions.
Tout d'abord, je reste muet, trop abasourdi pour articuler un seul mot. Je me demande si je dois en rire ou pleurer. Voilà enfin l'artillerie si impatiemment attendue - elle nous arrive le jour de Noël, presque comme un cadeau - mais nous n'avons pas de munitions. Manifestement, le commandant de batterie n'y peut rien - il est d'ailleurs navré - mais ma conversation téléphonique avec l'état-major de la 6e armée est plutôt animée. Bien entendu, mes éclats de colère ne servent à rien. Nous ne recevrons jamais ces munitions.
Plus d'une fois, je songe à mon dernier entretien avec le Führer. D'après ses déclarations, l'organisation Todt avait pris toutes les mesures nécessaires pour assurer sans le moindre retard les transports d'essence et de munitions jusqu'aux lignes avancées, notamment avec des camions gazogènes. A cet effet, l'organisation Todt allait placer, le long des routes, d'immenses réserves de bois pour alimenter les camions. Or, malgré mes innombrables voyages à travers toute la région, je n'ai jamais vu un seul de ces fameux gazogènes. Comprenne qui pourra...
Le 28 décembre 1944, nous sommes relevés par une division d'infanterie. Le lendemain, nous nous installons dans des cantonnements provisoires à l'est de Saint-Vith. Bientôt, c'est la retraite générale qui nous ramène en Allemagne.
Pour moi comme pour toute l'armée allemande, la grande offensive des Ardennes se termine par une grande défaite.
>>> 1ère partie

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MessagePosté le: Lun 3 Mai - 15:29 (2010)    Sujet du message: L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny Répondre en citant

Oh putain vla l'pavé........Voila ce que yo y fait au boulot....Traaaaaanquille.
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MessagePosté le: Lun 3 Mai - 18:44 (2010)    Sujet du message: L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny Répondre en citant

LOL mon Sab.....Et en plus je suis payé..... Non je déconne.. Ctrl C  Ctrl V.... C'est le site http://www.theatrum-belli.com qui à fait le boulot...

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MessagePosté le: Mar 4 Mai - 19:22 (2010)    Sujet du message: L'offensive des Ardennes, par Otto Skorzeny Répondre en citant

 Lio tu nous parles donc de l'opération "GRIFFON" durant l'offensive des Ardennes ............. mais super TOF............

Dca

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